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Le PSG, monstre et super-héros de Paris

Lors des grands moments, le club révèle sa vraie nature. De lion étincelant, il se transforme en goule peureuse, bat en retraite et court se cacher derrière le placard ou sous le lit.

Jadis, on parlait de la crise d’automne : elle frappait dans le frimas de novembre, après une dizaine de matchs décevants du PSG. Désormais, une atmosphère de quasi-drame peut planer sur le Parc des Princes dès la fin du mois d’août. Le feuilleton Neymar, une défaite infamante à Rennes et le spectre de la Bérézina est déjà là. De quoi faire du PSG une hydre bizarroïde au capital dopé aux stéroïdes, colosse aux pieds d’argile et au mental fragile. À la fois monstre fabuleux et super-héros fantas-toc de la capitale française, il méritait bien que les journalistes Louis Moulin et Quentin Girard, auteurs de Paris Démasqué !, en librairie le 11 septembre prochain, se penchent sur l’origine du « mythe ».

Le PSG ne figure pas dans Paris Démasqué ! mais il aurait pu compter parmi notre sélection, tant le club de football de la capitale charrie une mythologie qui lui est propre. « Notre histoire deviendra légende » clament d’ailleurs ses supporters, projetant au futur une geste qui n’a pas encore un demi-siècle. L’histoire de ce club est récente. Elle débute en 1970, voire même, selon les gargouilles les plus mauvaises langues, en 2012, date de l’arrivée de Zlatan Ibrahimovic dans le club. C’est en tous cas ce dont le joueur lui-même est persuadé – « avant moi, il n’y avait rien ».

PSG Neymar
Un monstre plane sur la capitale…

Sa jeunesse est l’une des raisons qui pousse le PSG à puiser autant son imagerie dans des références anciennes : l’enjeu étant de se donner une légitimité locale, un ancrage dans l’imaginaire collectif parisien. Sur son blason historique, il y a la Tour Eiffel, bien sûr, incontournable icône à l’international. Mais on y trouve aussi une fleur de lys et un couffin qui rappellent que Saint-Germain-en-Laye – le PSG s’est créé à partir d’un club de la ville des Yvelines – fut le berceau de Louis XIV. Le club du Roi Soleil et du Grand Siècle, rien que ça…

Le PSG, club du Roi Soleil ?

Quant à la livrée rouge et bleu, sublimée par le fameux maillot dessiné par Daniel Hechter, son origine est plus ancienne encore. Il faut remonter au Moyen Âge pour qu’au cramoisi, couleur traditionnelle de Paris et de son martyr, Saint-Denis, soit ajouté le bleu marial, couleur du Roi de France depuis le milieu du XIIsiècle. Ce serait Philippe Auguste qui aurait, le premier, fixé ces armoiries. Mais c’est un certain Étienne Marcel – peut-être l’un des meilleurs meneurs de jeu qu’ait connu la capitale – qui, deux siècles plus tard, fera définitivement entrer les deux couleurs dans l’histoire parisienne.

Le club du Roi Soleil et du Grand Siècle, rien que ça…

En pleine opposition au pouvoir royal, le prévôt des marchands – une fonction équivalente à celle de maire –choisit d’adopter l’azur et le vermeil en signe de ralliement. C’est portant haut ce rouge et bleu – tels des ultras du PSG – que, le 22 février 1358, quelque 3 000 Parisiens en armes envahirent le Palais royal sous le commandement d’Étienne Marcel, bien décidés à faire entendre leur voix au pouvoir monarchique.

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Le kop d’Étienne Marcel, c’était quelque chose…

Ainsi, le PSG est paré des couleurs de la révolte. Voilà qui devrait porter ses héros vers les sommets quand survient l’adversité. Hélas, lors des grands moments, le club révèle sa vraie nature. De lion étincelant, il se transforme en goule peureuse, bat en retraite et court se cacher derrière le placard ou sous le lit. Combien d’enfants franciliens, ces dernières années, sont allés se coucher la larme à l’œil, le cœur serré, après un huitième de finale de Ligue des champions ? Combien se sont levés ensuite le matin, cartable et sanglots sous le bras, marchant d’un pas lourd, persuadés que cette défaite n’était pas celle d’un club mais d’une ville toute entière, qu’elle était aussi et surtout leur défaite ? Pour les Titis, le PSG est un monstre nocturne.

Il est, aussi, une bête dérangeante pour les habitants du XVIe arrondissement. Si le Parc des Princes brille au-dessus du périph’, l’idée de l’avoir placé près de la porte d’Auteuil ne réjouit guère les locaux, désormais habitués à voir déferler, un week-end sur deux, une foule de supporteurs. Dans un quartier bourgeois, calme et ennuyeux, voilà de la vie, des gens plus populaires, des cris, de l’alcool, des chants, du vivre ensemble qui soudain s’entrechoquent.

Pour les Titis, le PSG est un monstre nocturne

Le « Parc des Princes »: un nom à la hauteur de l’architecture majestueuse de l’enceinte… et qui lui aussi, fleure bon l’ancrage médiéval. Il vient rappeler l’ancienne vocation des lieux : un espace de chasse pour les rois et les princes de France dans ce qui ne s’appelait pas encore le bois de Boulogne mais la forêt de Rouvray. Désormais, on y chasse les buts et la gloire.

le stade du PSG de Neymar
L’antre du monstre

Le PSG est aussi un monstre pour le reste de la France : symbole d’un pays qui n’en aurait que pour sa capitale, d’un pouvoir centralisé écrasant toutes ses provinces. On se souvient d’une banderole implacable d’arrogance, dressée dans les tribunes du PSG/OM de la saison 1997/98 : « Paris capitale, Marseille capitule ». Ce soir-là, Paris avait perdu, comme souvent, d’ailleurs, au tournant du millénaire. Cela rendait d’ailleurs le club un tant soit peu sympathique.

Le PSG, héros mal aimé

C’est une toute autre histoire depuis qu’il est devenu Goliath. En tout cas tant qu’il n’aura pas été l’auteur d’un exploit européen propre à unir les Français derrière lui – est-ce seulement possible ? – le désamour perdurera. Et ses propriétaires successifs ne contribuent guère à doper la popularité du club : Canal +, symbole des années fric, des fastes de la pub et de la télé ; Colony Capital, un fonds américain alors noyé dans la crise des subprimes ; le Qatar, état gazier islamiste aux fonds illimités.

Bref, rien pour se faire aimer. Même dans sa propre région, le PSG ne recueille pas tous les suffrages. Les banlieues lui ont longtemps préféré Marseille, plus cosmopolite, plus populaire, plus passionnée. Certains hipsters s’en désintéressent et s’encanaillent, de temps à autre, au stade Bauer de Saint-Ouen pour voir jouer le Red Star.

Les banlieues lui ont longtemps préféré Marseille, plus cosmopolite, plus populaire, plus passionnée

Mais, paradoxe, ce désamour ne signifie pas désintérêt. En province, les stades ne sont jamais aussi remplis que pour les matchs du PSG honni. On paie pour avoir la chance de voir MBappé, Cavani, Neymar, comme on payait, auparavant, pour voir Ibrahimovic, Ronaldinho et Weah. Autant de joueurs qui seraient restés des vignettes Panini de championnats étrangers sans les fonds de la capitale. Car si le PSG est héroïque, il le doit à sa brochette de joueurs aux superpouvoirs. Ce sont leurs arabesques, leurs buts, leurs déclarations tonitruantes – celles de Zlatan, le Superman ! – qui rendent le club bigger than life. Ce sont eux qui créent l’histoire en marche, les plus beaux moments – le 4-0 contre Barcelone ou la signature de Neymar – et les pires, la Remontada ou la volonté de départ de Neymar, encore lui.

Neymar, super-héros ?

C’est donc par ses héros que la chute arrive, inévitablement. Lorsque le prodige brésilien clame son mal-être et affiche des envies d’ailleurs, de donneur de plaisir il devient égoïste, de héros il devient monstre, et, comme toutes les idoles, il déçoit et déchoit. Reste à savoir, et c’est tout l’enjeu pour l’existence même du club, si Neymar a perdu de ses couleurs parce qu’il est venu à Paris, ou, si, à l’inverse, la Ville Lumière n’a fait que révéler l’obscurité du personnage.

Parmi les grands d’Europe, Paris demeure un petit club dans la plus belle ville du monde

Qui vaincra ? Parmi les grands d’Europe, Paris demeure un petit club dans la plus belle ville du monde. C’est là tout son drame. Les joueurs étrangers cotés s’y comportent parfois comme un Francilien descendu à Palavas. Ils s’y promènent en terre conquise, vaguement récréative, à qui l’on ne doit pas plus de respect que cela. À l’inverse, les Parisiens exigent qu’on s’émerveille, qu’on s’impressionne, que derrière chaque passe se joue, non pas l’honneur d’un club, mais la défense de la Tour Eiffel, de la Joconde, des Lumières et de la Révolution. Ibrahimovic en avait joué, Neymar n’en a cure, Mbappé l’a compris et semble vouloir s’inscrire dans cette histoire nationale. Mais tout le monde n’est pas capable de devenir Étienne Marcel…

Louis Moulin et Quentin Girard

 

Pour aller plus loin : Paris démasqué !