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Les Grand-remplacés

Par Paul Conge

Broché (19 €)

Disponible sur Amazon, Fnac ou En librairie

Ebook (12,99)

Disponible ci dessous au format Epub

256 pages

En bref

Votre voisin de bureau s’est mis à clasher les bobos serviles, à dévorer les livres d’Alain Soral ou de Papacito, à s’épancher sur la virilité perdue de l’homme post-moderne ? Bienvenue chez les grand-­remplacés : ceux qui haïssent les hommes-soja, leur mode de vie de « tantouzes » et qui redoutent une immigration de masse.

Des « petits Blancs de banlieue » aux cadres des métropoles, une lame de fond identitaire se propage. Elle s’appuie sur la peur du déclassement, l’absence de réponse des élites, et une forte réticence face à une société de plus en plus métissée. De fait, ­aujourd’hui, un Français sur deux croit au grand remplacement. 

De ces angoisses contemporaines, des idéologues font commerce : ils se reconvertissent dans le coaching en séduction, le jeu vidéo, l’édition, le porno, les sciences alternatives ou le tuning. Les plus radicaux s’exilent dans les pays de l’Est pour régénérer la « race blanche »… Cette nébuleuse prend la tête du débat public, irrigue de ses punch­lines nos conversations et remplit un vide idéologique. Déboussolés, leurs adversaires à gauche accusent plusieurs trains de retard. 

Cette poussée des droites radicales prospère sur les faiblesses de nos sociétés. Elle est l’affaire de tous.

Paul Conge est journaliste, il s’intéresse à l’essor des nouvelles radicalités et à ce qu’elles disent de nos sociétés contemporaines, il a travaillé, notamment, pour L’Express, Marianne ou Explicite.

Presse

Usbek et Rica

Avec Les Grand-remplacés le journaliste Paul Conge signe un document édifiant sur le renouveau des mouvements d’extrême droite française. Racistes, antisémites, dégoûtés par les homosexuels et la « fiottisation » de l’Occident, les « grands remplacés » empruntent les codes de la pop culture pour se mettre en scène en ligne. Et certains quittent la France pour l’Europe de l’Est dans le but de recréer une société exclusivement blanche.

France 2

Paul Conge a infiltré des groupes d’extrême droite et montre comment cette nouvelle génération mène « une guerre d’influence et culturelle » dans bien d’autres sphères inattendues comme le tuning, le coaching en séduction ou en développement personnel.

Dis-leur

Tel un entomologiste, Paul Conge fait, dans un livre, l’état des lieux de la fachosphère de plus en plus étendue et d’une certaine jeunesse en proie aux thèses d’extrême droite où l’immigration est la raison, selon eux, de tous les maux. En ces temps d’élections, ça donne froid dans le dos.

Sommaire

UNE FRACTURE FRANÇAISE

I.
LA REVANCHE DES « PETITS BLANCS »

II.
LES RENÉGATS DU « CAUCHEMAR MULTIRACIAL »

III.
DES SKINHEADS À « L’HOMME INTÉGRAL »: LA FRANCE DES CONTRE-CULTURES

IV.
LA RECONQUÊTE AU MASCULIN

V.
LA CROISADE IDENTITAIRE DES GAMERS

VI.
ATLANTES, OVNIS ET PATCHS ANTI-ONDES : OPA SUR LES « SCIENCES ALTERNATIVES »

VII.
DE LA « NOUVELLE DROITE « AUX MÈMES

VIII.
LES NOUVEAUX MARCHANDS DE PEUR

POUR COMBIEN DE TEMPS…

Extrait

I. LA REVANCHE DES « PETITS BLANCS » ?

Froid de colvert à Forbach, en ce mois de décembre. Des colonnes de vapeur s’élèvent de la file d’attente qui s’agrège devant le rideau de fer de la Caisse d’allocations familiales. On poireaute là avec sa pochette de documents et son chagrin sous le bras. « Faut bien être là. J’ai perdu ma maison, il a fallu la vendre. Et je suis tombé au chômage il y a 15 jours », tousse Raphaël, un ouvrier de 46 ans à la gueule burinée. Alors tôt ce matin, il a avalé son café et les 30 kilomètres d’asphalte qui séparent son village de cette sous-préfecture de Moselle. « Ça fait bizarre », dit-il en tirant sur sa cigarette, parce que c’est la première fois de sa vie qu’il entame des démarches pour toucher des allocations. Avant, sa femme s’en occupait. Mais elle l’a quitté cette année. Puis Vinci Construction l’a quitté à son tour. Licencié, lui et 200 autres salariés, pour « raisons économiques ». Il vivote, depuis, avec les « clopinettes » que Pôle emploi lui reverse – 1 080 euros – et a été relogé, « tout seul, dans un HLM avec des cassos ». Année noire, en somme. Et moral en berne.

« Par contre, les fainéants ont droit à tout », gronde Raphaël. Du doigt, il désigne l’ancien hôtel Ibis de l’autre côté de la rue. Réquisitionné par l’État en 2017, cet établissement héberge quelque 200 migrants des Balkans. Sans contrepartie, sans loyer, donc. Mais avec des blattes, des cafards et des contrôles de la police. Le voisinage peste. Et pas que lui. Ces logements de fortune sont un sujet de discorde dans cette ville déshéritée. Deux ans que ça dure. Pour calmer le centre-ville, le maire envisage de déplacer tout ce petit monde à deux kilomètres, dans les barres de la cité forbachoise du Wiesberg. Mais là-bas, au bord de l’autoroute, l’hostilité à l’égard des migrants est tout aussi vive. Stéphanie, 59 ans, réagit à cette perspective avec un haussement d’épaules, médusée, le regard rivé sur les grandes tours pastels du Wiesberg à la peinture décatie et saturées de points de deal : « On n’en veut pas ! Regardez ma tête ! », s’exclame-t-elle en dévoilant un visage pâle entrecoupé de mèches blondes. C’est entendu. Cette grand-mère pimpante aux clins d’œil goguenards le dit sans aigreur, tandis qu’elle promène sa poussette dans les entrelacs de béton : « On a déjà assez de populations métissées. On est déjà classés zone sensible. On a une réputation plus basse que terre. Le Wiesberg est devenu une déchèterie. On a peur pour notre école, on a peur pour nos enfants.»

Sans doute le quotidien a-t-il perdu de son lustre dans cette cité ouvrière de 1 000 logements à l’architecture postmoderne. Elle a été achevée en 1972, Stéphanie n’en est jamais partie et a assisté à la métamorphose de l’ancien monde. Les salles de prières et les commerces halal ont poussé, djellabas et hijabs sont devenus la norme vestimentaire. Le soir, les jeunes sortent en essaims et l’air est souvent électrique. Régulièrement, des descentes de la PJ délogent les petits soldats du cannabis du pied des tours. « Ils ont tout dégradé. Si je pouvais partir, je partirais », avoue Stéphanie, lasse.

Mais son envie de fuite est restée une chimère. Les coups de rabot du gouvernement Philippe aux contrats aidés, jugés trop coûteux, l’ont mise au chômage, mettant fin par ricochets à son boulot de rêve. « Merci Macron » râle-t-elle. Elle était putzfraü, comme on dit ici à quelques coups d’accélérateur de l’Allemagne, femme de ménage, mais spécialité bionettoyage, alors elle aimait bien. Peu de gens connaissent les confins du sacrifice comme Stéphanie. Elle racle le fond de sa maigre allocation – 640 euros – pour offrir de temps en temps un cinéma « avec pop-corn » à sa petite-fille de cinq ans, ou un après-midi à la piscine. Du supermarché Cora du coin, elle ne ressort qu’avec les sacs remplis de sousmarques, de promos, de DLC à prix soldé. Par moments, Stéphanie est moins enjouée, elle repense à ses malheurs, « la vie est tellement chiante, tellement triste » et ses yeux deviennent des océans.

Trop âgée pour rebondir, elle se sent coincée, à fond de cale. Ruminant une colère sans objet précis, dirigée contre « le gouvernement » ou « la mairie », qui lui promet depuis des années d’isoler son immeuble mal chauffé, où elle vit en rez-de-chaussée, et où la température a chuté à 16 °C cet hiver. « Pendant ce temps, on s’occupe d’eux », lance Stéphanie à propos des nouveaux arrivants. Le pouvoir est jugé plus diligent à leur égard. Rivalité de la misère.

Dans le bassin charbonnier de Lorraine, les mines se sont taries, l’emploi a sombré, la pauvreté a flambé. L’extraction de la houille a irrigué les PME des alentours jusqu’en 2004. Mais le délitement social a remplacé la prospérité économique à mesure que se refermaient les puits. Bernard Lavall, collaborateur de plusieurs maires et parlementaires forbachois, témoigne de la sinistrose ambiante : « On a très bien vécu du temps béni des houillères. Puis le gisement a fermé. Et depuis, nous n’avons plus rien. Le redéploiement économique n’a jamais eu lieu. Notre région a été ignorée pendant des décennies. »

Désormais, la ville frontalière de 21 000 habitants est grevée par un chômage trois points au-dessus de la moyenne nationale. Elle s’est vidée de ses troquets, de ses boîtes de nuit. « Forbach, c’est une ville morte. Avec une très mauvaise réputation », traduit Maeva, 27 ans, travailleuse sociale. Seuls commerces encore florissants, les kebabs et les chaînes de restauration rapide […]