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Paris Démasqué !

Par Quentin Girard et Louis Moulin

Broché (18 €)

Disponible sur Amazon, Fnac ou En librairie

Ebook (12,99)

Disponible ci dessous au format Epub

224 pages

En bref

Les villes américaines ont leurs vengeurs masqués et capés. Les villes asiatiques ont leurs esprits tapis dans l’ombre. Et à Paris, alors… rien ? La capitale de la rationalité et des Lumières n’est pourtant pas en reste. Elle regorge de créatures fantastiques et de héros prodigieux qui peuplent ses différentes époques et ses quartiers. Des rats d’égout au dragon de la Bièvre, de la Joconde aux pétroleuses de la Commune en passant par les embouteillages, les figures mythiques de la capitale forment une singulière galerie de monstres et de super-héros. Chacun d’entre-eux a un discours à proposer sur la ville, sur ses plus grandes peurs et ses aspirations les plus élevées. En partant à la rencontre de ces légendes, ce livre dévoile une enquête inédite sur la psyché d’une ville : Paris hanté, Paris enchanté, Paris démasqué

Quentin Girard est journaliste à Libération, à la rubrique Portraits. Louis Moulin est journaliste au Parisien, coresponsable des pages Hauts-de- Seine après avoir sillonné d’autres éditions en Île-de-France. Paris Démasqué ! est leur premier livre.

Presse

Le Monde des Livres

Ouvrage hybride qui emprunte autant à l’enquête qu’à l’essai et au récit, Paris Démasqué ! emmène en balade dans le Paris des légendes.

Libération

Un jour de 1867, en pleine parade militaire dans le bois de Boulogne, une amazone au visage couvert d’un loup épais apparaît puis disparaît peu avant une tentative d’attentat contre le tsar Alexandre II. Le 3 octobre 1907, la gazette les Faits divers illustrés affiche une image montrant un homme et une femme découvrant le berceau de leur bébé recouvert de rats noirs aussi gros que des chats avec cette manchette : «Les rats anthropophages». Voici quelques-unes des nombreuses légendes et figures mythiques de Paris racontées par Quentin Girard et Louis Moulin dans un livre qui se lit comme une enquête policière.

Non Fiction

Mi-promenade dans Paris, mi-livre d’histoire, le Paris démasqué de Quentin Girard et Louis Moulin est un livre qui foisonne d’histoires, d’anecdotes, de grands auteurs ou de coupures de journaux d’époque, de noms de lieux préservés ou disparus. Tout cela sur un fond unique, jamais rabâché mais toujours présent : Paris est la grande ville, le lieu des heurts entre catégories sociales, des secousses bourgeoises ou populaires, d’Étienne Marcel jusqu’à Gavroche, un lieu qui repousse vers ses forêts ou ses banlieues les truands, les immigrants, les travailleurs du sexe, tout en accueillant des réfugiés politiques dont les derniers avatars seraient les Femen. À travers les nécrophiles du XIXe siècle ou les exploits de sainte Geneviève, la ville reste donc l’héroïne, pensée comme un lieu où le pouvoir s’exprime mais doit compter avec une forte opinion publique, relayée à chaque époque par des moyens différents. Un lieu d’une grande liberté, donc, dans lequel on se promène avec plaisir de siècle en siècle.

Sommaire

Prologue

I. Crimes et châtiments

Horribles malfaiteurs et bourreaux implacables

1. Le barbier et le pâtissier des Marmousets

2. Le gibet de Montfaucon

3. Le vampire du Montparnasse

4. La cour des Miracles

II. Fluctuat nec mergitur

Faire ville contre vents et marées

1.  Les embouteillages

2. Le dragon de la Bièvre

3. Les rats des Halles

4. Daech

III. Petites et grandes couronnes

L’affirmation politique d’une capitale

1. Ibor le Troyen et Rigord le moine

2. Sainte Geneviève

3. Étienne Marcel

4. Les barricades

IV. Spectres et maléfices

Hanter les rues, ensorceler la ville

1. Le stryge de Notre-Dame

2. La Joconde

3. La Voisin

4. Les pétroleuses de la Commune

V. La ville leur appartient

Les vrais maîtres de Paris

1. Les Titis parisiens

2. L’Amazone Masquée

3. Les bandits de la forêt de Bondy

4. Les Femen

 

Extrait

Prologue

« Moloch, Momie, Monstre… »
« Noms de barges aperçues sur le canal de l’Ourcq »

Du haut d’un gratte-ciel, un homme déguisé en justaucorps, le visage dissimulé par un masque, scrute la cité qui grouille à ses pieds. Il ne faut rien de plus pour
que le lecteur sache immédiatement que l’on est dans une mégapole américaine. À travers la figure du super-héros, toute une mythologie urbaine est convoquée : la verticalité comme volonté de puissance, la ville comme matrice du crime, la pratique violente de la justice comme un exercice de funambulisme.
Dans les tréfonds d’un port, sous la coque des jonques et des porte-conteneurs, un œuf s’apprête à éclore pour libérer un monstre survitaminé, prêt à dévorer le béton, l’acier et le néon. Une image encore et nous voilà dans l’imaginaire de la ville japonaise, vulnérable aux soubresauts de la terre, de la mer et du ciel, à la folie de la nature et des hommes, mais tout aussi consciente de sa capacité de résilience.
Ici et là, monstres et super-héros révèlent le caractère des villes, leur psyché profonde, leurs aspirations et leurs inhibitions, leurs fantasmes et leurs terreurs. Et à Paris, alors ? Ni Batman, ni Godzilla pour nous tendre de miroir dans lequel sonder l’âme de la cité. Ni mangas, ni comics pour nous révéler ce qui en fait la singularité. La capitale française serait en panne d’un grand récit populaire.
Vraiment ? Paris, ville construite autant par des lettres que par des pierres, est pourtant féconde d’une abondante production mythologique. Et s’ils ont pu être oubliés, parfois sciemment occultés ou, à l’inverse, vidés de leur signification par de trop fréquentes invocations, les monstres et les super-héros parisiens existent bel et bien. Ils sont même légion et racontent, chacun à leur manière, une part de ce qui fait le caractère propre de la capitale.
Pour tenter de faire le portrait de Paris, nous avons exploré certaines de ses figures légendaires. Des évidentes, comme les Titis, des inattendues, comme le vampire du Montparnasse, des plus obscures, comme le duc Ibor. Ces personnages sont, le plus souvent, des créatures ambiguës, évoluant sur un fil, caressant et sublimant les marges. Selon l’angle sous lequel on les regarde ou l’époque d’où on les envisage, ils sont monstres et super-héros à la fois. Il a fallu faire des choix, c’est-à-dire accepter des renoncements. Parfois, parce que les sources nous faisaient défaut. Parfois parce que les mythes ne nous semblaient pas à proprement parler parisiens, appartenant davantage à une histoire française au sens large.
Nous avons limité le nombre de nos personnages à vingt, comme le nombre des arrondissements qui dessinent, depuis 1860, leur fameux escargot dans Paris. À moins qu’il ne s’agisse d’une spirale ésotérique destinée à juguler les énergies contradictoires venues d’autres espaces-temps, selon les lunettes que l’on choisit de mettre…
Car c’est bien un regard particulier que nous vous proposons, qui peut faire des embouteillages un monstre ou de la Joconde une super-héroïne. Une approche qui assume la séduction pulp et la gourmandise pop sans pour autant bazarder la rigueur de la recherche. Un livre d’histoire autant qu’un livre d’histoires, mélangeant sources savantes et sources populaires, apportant parfois notre propre expérience, pour éclairer différemment les statues que l’on croyait figées et ouvrir des tombeaux oubliés en espérant réveiller des fantômes.
Au fil de nos explorations, un motif est revenu de manière entêtante : celui du costume et plus précisé- ment du masque. Le loup dont se parent les justiciers, le faciès difforme des créatures fantastiques, la mascarade des « extravagants », l’accoutrement des archétypes : des secondes peaux qui permettent toutes les fantaisies autant qu’elles dissimulent, qui révèlent autant qu’elles cachent. Il suffit de relire Max et les Maximonstres de Maurice Sendak pour s’en convaincre. Sans son déguisement, le jeune héros n’aurait jamais entamé son voyage vers le pays des monstres, c’est-à-dire vers son propre inconscient. Ainsi, nous démasquons Paris, pour toucher à son moi fondamental, celui qui transpire par-delà les siècles et les bâtiments, les monuments et les mémoires. Si Baudelaire peut regretter que « la forme d’une ville change plus vite, hélas ! que le cœur d’un mortel », l’esprit de Paris, aussi profondément enfoui soit-il, demeure par-delà les époques. Comme un palimpseste, il se nourrit en permanence de réécritures tout en conservant des traces de ses affections les plus anciennes. Loin du cliché de la ville musée, Paris continue de vivre et de s’inventer de nouvelles légendes.
La naissance d’une ville s’accompagne toujours d’un mythe de fondation. À l’heure où la capitale se sent à l’étroit et aspire à se faire Grand Paris, une nouvelle mise en récit est nécessaire. D’autant que trois quarts des Parisiens ne sont pas nés dans la ville. La mémoire ne se transmet pas toujours, d’une génération à une autre. Contrairement à un territoire provincial sûr de lui-même et de ses contes, où la population se renouvelle moins vite, Paris doit se battre pour exister en tant que ville – et pas seulement en tant que capitale. Théâtre privilégié du roman national, la cité est comme écrasée par ce poids symbolique. Son peuple se sent parfois étranger à ses propres rues. Il est temps que ses monstres et héros le libèrent, pour porter ses rêves, ses cauchemars, ses identités, et sa fierté…