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La Civilisation du Cocon

Par Vincent Cocquebert

Broché (16,50 €)

Disponible sur Amazon, Fnac ou En librairie

Ebook (9,50)

Disponible ci dessous au format Epub

180 pages

En bref

Sommes-nous condamnés à vivre dans des cocons et à déserter la réalité ?

Apologie de la vie domestique, fuite dans des mondes imaginaires, explosion du marché du bien-être, bulles de filtres et pensée magique : chaque jour, nous déployons un véritable arsenal de protections physiques et psychiques pour mettre à distance un monde qui nous oppresse. Bienvenue dans la civilisation du cocon ! Une nouvelle société de l’entre-soi, sous perfusion de confort, en passe de nous transformer, petit à petit, en êtres hypersensibles et ne supportant plus le moindre frottement avec la réalité.

Comment sommes-nous passés d’un idéal de la vie « intense » à celui d’un quotidien « subi » que nous préférons fuir, à l’abri derrière nos forteresses de coussins ? Et surtout, ces cocons, aussi séduisants qu’aliénants, sont-ils en train de remplacer un safe-space commun qui semble aujourd’hui nous échapper : notre planète et celles et ceux qui l’habitent avec nous ?

Ce livre invite à prendre conscience de ce repli généralisé et à éclater ces bulles de confort où l’on commence à suffoquer.

Vincent Cocquebert est journaliste, essayiste et chroniqueur chez GQ. Il a publié, chez Arkhê, Millennial Burn Out. Observateur amusé des tics de ses contemporains, il jette un regard lucide et tranchant sur notre époque et ses dérives.

Presse

Le Monde

La tendance est au repli sur soi, et pas seulement au sein d’une jeunesse militante –féministe, LGBT+ ou décoloniale. Pour le journaliste Vincent ­Cocquebert, auteur de l’essai La Civilisation du cocon, c’est notre société tout entière qui serait tentée depuis des années par l’isolement dans un « safe space », un « espace sûr », social et physique.

 

Libération

Un essai sur nos nouvelles vies alvéolées [ou comment] l’idéal d’une vie trépidante propre à la modernité a laissé place à l’imaginaire fantasmatique d’une vie sous cocon qui imprègne tous les champs de nos existences.

 

L’Obs

De sa plume alerte, Cocquebert dresse une analyse extrêmement fine de cette « civilisation du cocon » que nous sommes devenus, croisant l’histoire et l’actu jusqu’aux confinements de 2020. Mais ce n’est pas un livre sur le confinement. L’actualité a rattrapé l’auteur et amplifié le phénomène […].

Sommaire

Vis ma vie dans un cocon

On ferme ! 

I. La Quête de soie
• Peur sur la vie
• De la protection divine aux assurances vie
• De l’amour du risque à la risquophobie
• Le safe space : aux origines d’un concept mutant

II. Extension du domaine de la hutte
• Se regrouper
• Se recentrer
• Fuir

III. Malaise dans le cocon
• Les nouveaux maux intérieurs
Safe qui peut !
• De plus en plus seul
• Dans ma grotte
• Des imaginaires néo-sécessionnistes
• La reproduction du cocon ou la victoire du simulacre

Quand le cocon se fissure

Extrait

Vis ma vie dans un cocon

Cette nuit, Alain a enfin connu un sommeil réparateur. Il a beau se sentir toujours un peu somnolent, sa montre connectée le lui assure : après plusieurs cycles chaotiques, tout est enfin rentré dans l’ordre. Satisfait et rassuré d’avoir enfin pacifié ses nuits, il se félicite de ne pas avoir cédé hier soir aux sirènes des écrans pour s’immerger dans un livre audio qui lui a rappelé ces soirs où, enfant, sa mère lui lisait une histoire avant d’aller dormir. Bien au chaud sous une couette lestée qui lui procure la sensation d’être étreint par un corps ami, Alain se roule en boule et parcourt les titres de la newsletter uniquement composée de bonnes nouvelles venues du monde entier qu’il reçoit tous les matins sur sa boîte mail. À ses côtés, Sylvie, sa compagne, peine à ouvrir les yeux malgré le simulateur d’éveil qui sort peu à peu la pièce de ses ténèbres sur fond d’apaisants chants d’oiseaux numériques. Il pourrait évidemment tenter de s’approcher d’elle pour la prendre dans ses bras mais, même en dépit des chances infinitésimales que cela n’arrive, il aurait trop peur d’éveiller un désir charnel avec lequel il se sent de moins en moins à l’aise.

Dans la chambre d’à côté, leur plus jeune fille, Agnès, que tous deux trouvaient un peu agitée, est en train de faire silencieusement ses exercices de méditation enfantine pour devenir « calme et attentive comme une grenouille ». Dans celle de leur aînée, Salomé, pas un bruit ne vient non plus troubler la quiétude du foyer. Son casque sur les oreilles et son smartphone comme greffé à sa main droite, la jeune fille de seize ans, scolarisée à la maison suite à des crises d’angoisse à répétition qui survenaient à chaque fois qu’un professeur l’interrogeait en classe, vit désormais le plus clair de son temps dans ces quinze mètres carrés qui lui tiennent lieu de cellule molletonnée. Si elle communique sur les réseaux sociaux – tous passés en mode privé –, la perspective de sortir voir ses amis à l’extérieur lui est désormais de plus en plus pénible. Ses parents trouvent cet isolement un peu dommage pour son âge. Ils se rassurent en se répétant que cette légère agoraphobie n’est pas grand-chose en comparaison de l’angoisse qu’ils éprouveraient à la savoir dehors, sans pouvoir veiller sur elle.

Après une séance de quinze minutes de luminothérapie, en prévention de la déprime saisonnière, Alain démarre son S.U.V. Sans doute l’endroit qu’il préfère après son lit et dans lequel, malgré quelques élans d’éco-culpabilité vite dissipés, il se sent comme dans une bulle motorisée. Le temps est frais pour la saison mais, depuis qu’il ne quitte plus sa doudoune légère, ces variations brutales de température lui paraissent moins dures à vivre. En sortant de l’allée, il salue poliment l’un des voisins de la copropriété sécurisée où ils ont emménagé suite au cambriolage de leur appartement en centre-ville. Après avoir déposé Agnès devant la grille de l’école et activé un traceur qu’il glisse dans son sac à dos afin de pouvoir la géolocaliser le reste de la journée, Alain rentre chez lui pour travailler.

La maison est vide, signe que Sylvie se trouve déjà dans son espace de coworking women-only où elle planche sur un projet d’appli de VTC sécurisés « fait par et pour les femmes ». Depuis le salon qui lui sert également d’open space vierge de tout collègue irritant, Alain, vêtu de son pantalon d’intérieur, procrastine entre deux dossiers en postant sur les réseaux sociaux une critique lapidaire d’une série fraîchement sortie qu’il juge être « un chef-d’œuvre de nostalgie 80’s nourri d’une vraie réflexion sur les problèmes actuels de discrimination ». Il a bien conscience que son avis risque de ne pas plaire à tout le monde mais, grâce à un programme de filtrage des commentaires négatifs, il ne le saura pas, lui évitant ainsi la contrariété d’être éventuellement froidement contredit. Un déjeuner commandé au bouillon du coin plus tard (il a pris des coquillettes au jambon, ce soir, il jeûnera), le voilà prêt pour sa séance journalière de méditation qu’il lance sur son application. Une vingtaine de minutes d’exercices de respiration lui suffisent pour repartir sereinement s’immerger dans son travail, mais cette fois coiffé d’un casque antibruit, afin que seule la vibration rassurante de son téléphone puisse venir le perturber. Avant cela, il prend le temps de joindre son nom à une pétition exigeant l’annulation du dernier film d’un réalisateur récemment accusé d’appropriation culturelle. Même s’il n’a pas exactement compris les tenants et aboutissants de ce concept, l’engagement, c’est important, se dit-il.

18 heures. Sur son téléphone, Alain observe d’un œil distrait le parcours en temps réel de sa fille que la nounou ramène à la maison. Pour lui, c’est l’heure de se rendre à la salle afin d’y pousser un peu de fonte. Il avait toujours dédaigné le sport en général et la musculation en particulier mais s’y est brusquement mis quelques semaines après le cambriolage, sans que personne autour de lui n’établisse de lien précis entre les deux événements. Depuis qu’il se forge cette armure musculaire, il ne sursaute plus lorsqu’un inconnu lui demande l’heure dans la rue. En sortant, il presse le pas pour ne pas arriver une nouvelle fois en retard à son groupe de parole. Là-bas, chaque semaine, des hommes dépendants affectifs comme lui viennent partager tout ce qu’ils ont sur le cœur, entourés de pairs compatissants. Cette fois, Alain doit leur avouer qu’il a fauté. Depuis plusieurs semaines, il converse intensément avec une intelligence artificielle de sexe féminin. Ses camarades ont beau essayer de l’apaiser en  lui rappelant que cette jeune femme n’est pas réelle, Alain sent au plus profond de lui, qu’avec elle, il peut enfin se mettre à nu et, qu’entre eux, cela risque de devenir dangereusement intime. C’est décidé, il va désinstaller l’application. Pas question de mettre en danger sa famille et son mariage, et encore moins les traites du crédit immobilier.

Sur le chemin du retour, Alain, comme chaque jour, confie ses émotions de la journée, les plus joyeuses, comme les plus sombres, à son coffre-fort émotionnel numérique. Il s’est senti un peu tendu aujourd’hui, comme l’indique sa courbe de bonheur en pleine phase de stagnation depuis plusieurs jours. Très probablement Mercure qui rétrograde, générant un climat de lourdeur astrale propice à ce type d’humeur, lui a expliqué Sylvie qui, ces derniers mois, a débuté en parallèle de sa start-up une formation en astro-psychologie. À la maison, chacun dans son techno-cocon, le calme continue de régner jusque tard dans la soirée. Sylvie a bien tenté de convaincre les filles d’écouter un podcast de sorcellerie sur les rituels pour chasser toute masculinité toxique de son foyer, mais celles-ci ont poliment décliné avant de replonger dans leurs écrans. Alain, tout en sirotant une bière sans alcool, met les dernières touches au post de présentation de son nouveau groupe numérique de proximité. Un post qu’il espère fédérateur afin de plaider pour la mise en place d’un périmètre de sécurité interdisant toute installation d’antennes 5G à moins de dix kilomètres de leur résidence. Son téléphone vibre pour lui indiquer qu’il est bientôt l’heure d’aller se coucher. Mollement, Alain obtempère. Car demain sera un même jour.