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L’art de poser les (bonnes?) questions

Par Jacques Berlioz

Broché (14,90 €)

Disponible sur Amazon, Fnac ou En librairie

190 pages

En bref

Les questions sont partout : en famille ou en couple, à la fin d’une conférence ou au beau milieu d’une réunion. Sans elles, pas de dialogue possible et difficile de sonder les profondeurs d’un discours.

L’étendue des possibilités est sans limites : questions ouvertes ou fermées, de béotien ou d’érudition, de bonne ou de mauvaise foi… Parce qu’il est grand temps d’apprendre à poser – ou pas ! – les bonnes questions, découvrez les techniques qui marchent, depuis celles des gourous du coaching, jusqu’à celles des plus machiavéliques, qui programment la sonnerie de leur téléphone pour qu’elle perturbe leur interlocuteur. Décryptez les rapports de force entre intervenants et écoutants, et passez maître dans l’art de l’interrogation !

Entre le Umberto Eco de Comment écrire sa thèse et le David Lodge d’Un tout petit Monde, cet essai en forme de guide pratique, émaillé de références savantes et d’exemples hilarants décrypte la marche à suivre.

Enseignant et historien Jacques Berlioz est directeur de recherche au CNRS. Il a dirigé l École nationale des chartes entre 2006 et 2011. Contributeur et invité d’honneur d innombrables conférences, réunions et séminaires à travers la France et dans le monde, il est passé maître dans l’art de poser des questions.

Presse

RTS

Lors dʹun cours ou dʹune conférence, prendre la parole en public pour poser une question nʹest pas toujours aisé. On a souvent peur de poser une question « bête ». Mais peut-on apprendre à poser des questions? Et, avant tout, quʹest-ce quʹune bonne question? Dʹailleurs, on ne pose pas toujours une question pour avoir une réponse, alors quʹest-ce qui est en jeu dans cette intervention? Nous vous proposons les réponses de lʹhistorien Jacques Berlioz, directeur de recherche au CNRS et auteur de lʹouvrage Lʹart de poser les (bonnes?) questions aux éditions Arkhè.

 

Sommaire

I. La tyrannie des questions

II. Faut-il refuser de poser des questions ?

III. Les lieux de la parole obligée

IV. Faut-il poser la première question ?

V. La dernière question : un plat de fin gourmet

VI. Choisir sa place pour l’affrontement

VII. Le téléphone portable

VIII. Classer les questions, est-ce utile ?

IX. La question de béotien ou de Candide

X. La question d’érudition

XI. Des questions pour anéantir

XII. Des questions pour encenser

XIII. Le syndrome Julien Lepers

XIV. Se faire entendre sans se faire comprendre

XV. Femmes invisibles et invisibilisées, révoltez-vous !

XVI. Un peu d’espionnage ou les conseils d’Albert Davoine

XVII. De la questiologie aux thérapies brèves

XVIII. Le couple en questions

XIX.  Les questions d’enfants, de l’impertinence à l’agilité

XX. QǏNG DÀJIĀ TÍWÈN ? Ou qu’en est-il sur la planète ?

XXI. La fin des questions ou l’apparition d’autres pratiques

XXII. Vers des pépinières de questionneurs ?

Extrait

La tyrannie des questions

Plus nous approchons du danger, et plus clairement les chemins menant vers « ce qui sauve » commencent à s’éclairer. Plus aussi nous interrogeons. Car l’interrogation est la piété de la pensée.

Martin Heidegger, La question de la technique, dans Essais et conférences, Paris, Gallimard, 1958

Comment et en quoi l’acte de poser une question serait-il à condamner ? Questionner, selon les Romains, n’est-ce pas rechercher, s’informer, enquêter ? Autant de verbes à consonance positive. In quaestione alicui sum esse, littéralement « être en question pour quelqu’un », signifie en latin classique être recherché par quelqu’un. Quaerere, c’est chercher à savoir, en ne s’épargnant par ailleurs aucun moyen, dont la torture. L’exercice universitaire de la quaestio, au Moyen Âge, est la mise en cause d’un texte, qui de passif devient actif. Pour Jacques Le Goff, « la quaestio, au XIIIe siècle, se détache même de tout texte. Elle existe en elle-même. Avec la participation active des maîtres et des étudiants elle fait l’objet d’une discussion, elle est devenue la disputatio ».

Une imparable légitimité

L’acte même de questionner passe, en philosophie, pour une légitime volonté de savoir. Pour le pédagogue genevois Olivier Maulini  – l’un des rares théoriciens de notre sujet – « la question monte la garde, en permanence. Elle anticipe, elle prévoit elle surveille. » Ne serait-elle pas le propre de l’homme ? Un individu peut se questionner lui-même. Dans un dialogue, poser une question à l’autre fait partie d’un processus de mutuelle connaissance. Dans le cadre d’un groupe, quand un individu pose une question au groupe dans son ensemble ou à l’un de ses membres, il signe et prouve dans ce geste même son appartenance au groupe. En conséquence, prendre la parole à la suite de toute forme de discours (qu’il s’agisse d’une conférence, d’une communication dans un colloque ou un congrès ou d’une réunion ouvrant à débat) non seulement est souhaité, mais exigé. Cette nécessité proviendrait-elle d’une vive curiosité intellectuelle partant d’un aveu d’ignorance, d’une inextinguible soif du savoir d’autrui, du désir de débattre ? Sous ces motivations a priori innocentes et spontanées, se cachent en réalité de profonds enjeux de pouvoir et de compétence.

Poser une question est une modalité d’engagement de la personne. Corps et esprit s’y voient mêlés ! C’est d’abord un acte vocal : la voix est nue ou amplifiée (un microphone est relié à des haut-parleurs). Cela peut être aussi (faut-il le regretter ? Nous en reparlerons) un acte écrit : sur un papier, sur un smartphone, sur un fil de live Tweet… C’est un acte corporel. Le questionneur adopte une posture précise : il est assis, debout, penché, etc. Il est sobre dans son comportement ou gesticule. Ce faisant, il répond à un discours d’autorité (le conférencier est généralement sur une estrade, possède un micro, etc.). De manière plus générale, poser une question est un acte mental fondamental, acquis (ou non) dès la toute petite enfance. C’est aussi – et d’abord – un geste profondément culturel. Il fait partie de l’habitus humain, notion chère à Pierre Bourdieu (et avant lui à Émile Durkheim et Norbert Elias), décrivant un ensemble d’habitudes et de dispositions, propre à une culture ou à un milieu social, inculqué à l’individu au cours de la socialisation […]