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Se faire un nom

Par Christiane Klapisch-Zuber

Broché (18,50 €)

Disponible sur Amazon, Fnac ou En librairie

Ebook (12,99)

Disponible ci dessous au format PDF

190 pages

En bref

Giotto, Leonardo ou encore Raphaël… Pour chacune de ces légendes de la Renaissance, l’histoire retient un simple prénom, dont la puissance évocatrice contribue, des siècles après leur mort, à consolider leur gloire. Dès le quatorzième siècle, ce choix précurseur des peintres contribue ainsi à leur célébrité. Curieusement, à cette époque où l’artiste s’autonomise et s’érige en groupe social d’élite, le nom de famille tel qu’on le connaît aujourd’hui n’était pas encore fixé et se transmettait uniquement dans les familles de notables, variant souvent d’une génération à l’autre… Ainsi, être connu par son seul prénom était-il un véritable signe de distinction !

Il ne s’agit pas d’un détail : le nom conditionne et décrit la filiation, la réputation, et donc la renommée de quelqu’un. Cet essai décrypte, à travers la vie intime des peintres et des sculpteurs illustres, cette époque où la figure de l’artiste émerge, annonciatrice de la valorisation de l’individu à l’oeuvre aujourd’hui.

Christiane Klapisch-Zuber est historienne et directrice d’études honoraire à l’EHESS. Elle a publié de nombreux essais sur les femmes, la famille et la société dans l’Italie du Moyen Âge et de la Renaissance.

Presse

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Sommaire

I. L’histoire du nom

  • L’invention du nom
  • Nomination et parenté en Italie
  • Cognome et patronymes
  • Où puiser les noms de baptême ?
  • Des parrains qui ne peuvent être éponymes

II. Vasari et les vasariens 

  • Parenté et nomination chez Vasari
  • La grande « famille » des artistes
  • Un nom, deux noms ou davantage

III. Se faire un nom

  • Patronymes fictifs
  • Transferts de cognome
  • Le nom d’origine
  • Re-nommé par ses œuvres
  • Accepter ou rejeter son sobriquet
  • Désignation et statut social

IV. Pères, parrains, patrons et maîtres

  • Un substitut du père : le patron
  • L’adoption d’apprentis
  • La grâce par le maître

V. Généalogie et conscience de soi 

  • Autoportraits ?
  • Portraits de groupe avec l’artiste

VI. Épilogue

Extrait

Prologue

Dans une récente émission de Secrets d’histoire, on a pu entendre que Michel Ange « fut le premier à se faire un nom, et même un prénom… ». Ce serait oublier que les contemporains évoquaient depuis le XIVe siècle leurs plus célèbres artistes, Giotto, Donatello, Leonardo, Raphaël et tant d’autres, par leur prénom ; leur gloire l’avait en quelque sorte cristallisé. Et à une époque où le nom de la famille n’était fixé et ne se transmettait de génération en génération que dans les familles de notables et variait, quand il existait, d’une génération à l’autre dans les autres couches de la société, être universellement connu par son seul prénom était un curieux signe de distinction.

Adolescente, émerveillée par ce que j’avais entrevu de l’art de Toscane dans un premier voyage à Florence, j’avais lu en 1954 un choix des Vies des artistes de Vasari, dans leur traduction du Club français du livre. Puis je les ai oubliées pendant des décennies. Des recherches sur la nomination à Florence m’ont, dans l’intervalle, occupée en dialogue avec amis historiens et anthropologues. Elles m’ont ramenée à Vasari quand je suis tombée, dans leur version complète italienne, sur desVies comme celles de Sandro Botticelli, d’Antonio da Sangallo ou de Piero di Cosimo – nous en reparlerons. Elles me frappèrent car elles semblaient admettre comme allant de soi que les éléments constitutifs du Nom pussent changer au fil de la vie des individus (j’entendrai ici ce mot « Nom », ouvert par une majuscule, comme l’ensemble des désignations individuelles). Je fus surprise par l’inventivité qui présidait à leur apparition : aucun nom n’était donné une fois pour toutes, et les règles de la nomination prévalant dans les bonnes familles, telles que j’avais pu les entrevoir chez les notables florentins, semblaient fréquemment contre- dites chez les artistes évoqués par Vasari. Ceux de ses récits, parfois savoureux, qui mettaient en situation l’attribution de divers éléments du Nom, offraient un accès à des comportements souvent décrits mais rarement analysés à travers la pitance documentaire accoutumée et les statistiques des historiens.