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L’atelier occidental du terrorisme

Par Didier Musieldak

Broché (21,50 €)

Disponible sur Amazon, Fnac ou En librairie

350 pages

En bref

Et si l’Occident avait joué à l’apprenti sorcier ? Car loin de délivrer un message de paix, de liberté et de justice à un monde barbare fait d’obscurantisme et d’archaïsme, nos démocraties et leurs visées impérialistes ont heurté tous les continents, avec une violence parfois inouïe. Dorénavant, qu’elle provienne de Daech ou d’Al-Qaïda, nous la subissons à notre tour, tel un véritable choc en retour. Pour comprendre le terrorisme – et espérer en limiter les manifestations futures – il convient d’interroger les racines profondes d’un phénomène qui est, avant tout, une invention occidentale. En effet, dès le XVIIIe siècle, l’Europe, s’appuyant sur un impitoyable processus de déshumanisation des individus, se transforme en une véritable machine à produire de la destruction. Les deux guerres mondiales ne font que réactiver et amplifier ce funeste héritage, qui atteint une perfection macabre avec les totalitarismes fasciste, nazi ou communiste. Alors que les bases politiques et les techniques de la terreur sont solidement installées dans le monde, Didier Musiedlak exhume les origines de ce mal qui nous ronge, et dresse l’histoire implacable du laboratoire occidental du terrorisme.

Didier Musiedlak est professeur en histoire contemporaine à l’université de Paris-Nanterre. Spécialiste reconnu du fascisme italien et des totalitarismes, il a enseigné durant de nombreuses années à Sciences Po et à l’INALCO.

 

Presse

Il Corriere della Sera 

Pourquoi choisissez-vous de lier la naissance du terrorisme à l’essor d’une société de masse ? Vous refusez donc d’en faire un invariant historique ? Ce mode de violence politique serait, pour vous, intrinsèquement lié à l’époque moderne ?

C’est en effet avec la croissance du capitalisme et le passage à la société de masse, notamment depuis la seconde moitié du XIXsiècle, avec la seconde révolution industrielle, que le terrorisme moderne s’est développé en liaison avec l’essor du socialisme et du nationalisme. Le développement du phénomène renvoie au processus de décomposition des sociétés traditionnelles, à l’avènement des masses et à leur révolte, pour reprendre la célèbre formule de José Ortega y Gasset. Dès l’avant-guerre de 1914, le terrorisme moderne s’est doté de sa matrice : la structuration en réseau international, l’utilisation de bases arrière, le recours à une discipline militaire au sein de partis politiques, l’utilisation de la science et de la technologie à des fins criminelles, un attachement sans faille à une idéologie. C’est à partir de ces paramètres que le monde moderne va conduire à faire du civil un ennemi politique.

Sommaire

I. Le passage au terrorisme de masse

  • Les contradictions de la culture occidentale
  • Le creuset révolutionnaire russe et la naissance du terrorisme de masse
  • La contribution du mouvement anarchiste avant 1914
  • Modernité nationaliste, culture de masse et terrorisme

II. La militarisation de la société

  • La Première guerre mondiale et l’extension du terrorisme de masse
  • Totalitarisme et terreur de masse
  • L’Internationale rouge
  • L’Internationale noire

III. Le choc en retour 

  • Le renouveau de la lutte impérialiste durant la guerre froide
  • Le retour à l’état de guerre en Occident
  • Le spectre de la guerre civile

Extrait

Avant-propos

Ce livre n’a pas l’ambition de retracer une histoire du terrorisme. Les ouvrages abondent en ce domaine et ont connu un développement sans précédent depuis le 11 septembre 20011. Son objet est de mesurer la contribution de la culture occidentale au terrorisme, à la fois dans sa dimension politique globale mais aussi culturelle. La démarche est cependant sélective. Le propos est de montrer comment la culture de l’Ouest a pu contribuer à forger le terrorisme et de quelle façon ce mode de faire de la politique a pu s’exporter à l’échelle mondiale. Le présent travail s’insère par conséquent dans une série de recherches qui visent à dégager les éléments communs qui permettraient de mieux appréhender l’émergence de la violence politique en Occident. La perspective retenue est également exclusive sur le plan de la problématique. Le terrorisme y est entendu comme un phénomène nouveau lié au passage à la société de masse.

Il s’agit en premier lieu d’essayer de mieux comprendre comment l’Occident a contribué, à partir de sa propre dynamique de développement, à la naissance du terrorisme moderne dans son aire culturelle saisie dans la longue durée. Mais l’ouvrage a également pour ambition de mettre en lumière la façon dont cette fabrique occidentale du terrorisme a pu se développer au-delà de son aire culturelle. En d’autres termes, au moment même où l’Occident apparaît comme une cible centrale du terrorisme, il est peut-être temps de se poser la question de sa responsabilité dans les origines du phénomène et de voir de quelle façon il a pu se propager.

La perspective de ce travail est en conséquence d’inscrire initialement le terrorisme comme un produit de la modernité. C’est en effet avec la croissance du capitalisme et le pas-sage à la société de masse – notamment depuis la seconde moitié du XIXe siècle – que des nouvelles formes de luttes politiques apparaissent, comme le socialisme et le nationalisme. Cette transformation de l’arène politique s’est traduite par une extension de la violence politique, née d’une nouvelle phase de développement, avec l’industrialisation accélérée et l’urbanisation. La modernité politique impose également une violence accrue en raison de la centralisation, de la concentration et de la bureaucratisation imposées par la formation de l’État-nation. Elle exige en outre une forme de pacification interne dont n’est nullement exclu l’usage de la force qui a également conduit à déplacer le conflit vers l’extérieur des frontières en ayant recours à la guerre. Nul ne peut contester que le XIXe siècle et surtout le XXe ont été particulièrement meurtriers. On avance pour ce dernier un total de plus de 200 millions de morts dus aux guerres, guerres civiles, rebellions diverses ou terrorisme d’État. Mais il serait cependant réducteur de rapporter, sur le plan chronologique, la naissance de cette violence de masse soit à la Première Guerre mondiale soit au développement du communisme.

On l’aura compris, le terrorisme apparaît comme un des produits du développement qui accompagnent le passage à la société moderne. Il n’est nullement une forme de résurgence archaïque. Il s’inscrit dans une temporalité nouvelle dont la naissance politique au sens strict a pu être identifiée avec la Révolution française mais qui se précise avec l’industrialisation et la massification, faisant naître à droite et à gauche de nouvelles figures de révolutionnaires.

Même si le terrorisme ne saurait être défini en soi comme une idéologie, il présente un contenu politique manifeste, son organisation reposant sur une culture qui associe l’en- nemi à la figure du civil. Le développement du phénomène est intrinsèquement lié au processus de décomposition des sociétés traditionnelles, à l’avènement des masses et à leur révolte. Il s’agit d’un nouveau mode opératoire en liaison avec la volonté des masses d’imposer un contrôle social. En ce sens, le terrorisme ne saurait être séparé de l’identité de la culture occidentale qui passe pour avoir inventé la modernité.

Ce livre s’écarte par conséquent d’une perception manichéenne d’un Occident présenté comme une victime inno- cente du terrorisme international incarnant les forces du mal. Selon l’opinion exprimée en 1984 par l’ex-secrétaire d’État Georges Schulz, la culture occidentale se serait limitée à promouvoir un monde de paix sans conflit où les droits de l’homme seraient respectés. La politique de l’Ouest serait ainsi une réponse à une politique de force initiée par des individus qui refuseraient les règles de la civilisation. Il y a pourtant dans cette culture parlant un langage de paix, d’égalité et de tolérance une forme de contradiction permanente puisqu’elle a parfois engendré elle-même des massacres de masse.

La tragédie du 11 septembre 2001 a été terrible. Rien ne peut légitimer les 2 995 morts et les 6 291 blessés. L’énormité de l’événement a cependant nourri l’idée d’un complot fomenté par les États-Unis eux-mêmes pour justifier les invasions militaires de l’Afghanistan et de l’Irak, même si la responsabilité d’Al-Qaïda, sous la férule d’Oussama Ben Laden, a très vite éclaté. L’attentat ne laissait pourtant pas place à l’incertitude du fait du choix de ses cibles avec le World Trade Center, le Pentagone ou Washington. C’est bien la première puissance occidentale qui était visée dans son centre et ses fondements économiques, militaires et politiques. Il faut en conséquence s’interroger sur les raisons qui ont conduit des non-occidentaux à perpétrer un nouveau Pearl Harbor en ayant recours à une technique de destruction de masse.

Le 16 septembre 1920, une bombe de 45 kg explosait à l’angle de Broad et de Wall Streets à New York, au cœur du capitalisme américain, devant le siège de la banque J. P. Morgan. L’explosion fut si puissante qu’elle se fit ressentir jusqu’au 6e étage où le personnel fut gravement brûlé. Trente-huit personnes furent tuées et on releva plus de deux cents blessés dont certains atrocement mutilés. Les poseurs de la bombe ne furent pas identifiés. Cet attentat fut le plus meurtrier perpétré aux États Unis jusqu’à celui d’Oklahoma City en 1995. De fait, les années 1890 avaient vu fleurir une multitude de groupes socialistes et anarchistes qui désormais se consacraient non à la réforme du capitalisme mais à sa destruction. On ne comptait plus les bombes envoyées aux maires et gouverneurs, celles qui étaient déposées dans les trains, les tentatives d’assassinats contre les chefs d’entreprise. La violence était devenue une préoccupation centrale pour le peuple américain, dans un pays où 35 000 personnes mouraient chaque année d’un accident dans l’industrie et où les forces de l’ordre n’hésitaient pas à ouvrir le feu sur les grévistes. Dès les années 1900, les États Unis étaient entrés dans l’âge du terrorisme moderne, celui de la violence aveugle et anonyme. La singularité du phénomène com- mença à être perçue à partir de la Seconde Guerre mondiale par certains contemporains. Le meurtre politique – en raison de sa fréquence et de son extension planétaire –, commençait à subir une transformation quantitative et qualitative dans sa substance qui le différenciait des époques précédentes.
C’est sur les origines de ce terrorisme de masse que cet ouvrage se propose de revenir, en essayant de comprendre les mécanismes qui ont conduit au 11 septembre et aux drames récents qui nous ont frappés durement. Aujourd’hui, aucune partie de la planète n’échappe à cette culture de destruction. On a d’ailleurs imputé aux médias une forme de responsabilité en les accusant d’uniformiser et de tribaliser à nouveau la société au sein d’un village global : de ce fait, les acteurs politiques sont contraints d’entretenir une dramatisation croissante et d’inventer de nouvelles tactiques maximisant cette collision des valeurs. L’existence de cultures antagonistes a d’ailleurs largement été sollicitée dans le débat récent sur le « choc des civilisations ».
En revanche, l’existence d’une matrice occidentale du terrorisme et sa part de responsabilité dans la propagation du phénomène n’ont pas été assez analysées. C’est l’objet de ce livre qui tente de montrer de quelle façon l’occident est devenu une machine à produire de la destruction à partir de la fin du XVIIIe siècle, au point qu’il est légitime d’évoquer l’existence d’un atelier occidental du terrorisme. Il convient, pour ce faire, de retracer les grandes étapes de cette transformation qui ont conduit progressivement à faire de l’individu issu d’une masse anonyme un ennemi politique qu’il convient d’abattre.