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Les conciles médiévaux, ancêtres des grandes messes de l’ONU ?

Face à l’urgence des problématiques sociales et environnementales auxquelles sont confrontés les chefs d’État réunis à l’ONU, il faut espérer que les décisions prises soient un peu plus concrètes que celles de certains conciles médiévaux.

Au Moyen Âge, évidemment, pas de grandes messes onusiennes mais tout de même de nombreux sommets internationaux où défilent les grands de ce monde, les conciles, pas si éloignés que cela, dans leur ambition,  de nos grandes messes actuelles. Récit par le collectif Actuel Moyen Âge, dont les aventures continuent en librairie depuis le 11 septembre.

Les conciles désignent une assemblée de clercs – en majorité des évêques –, parfois plusieurs centaines, réunis pour discuter et définir, avant tout, une doctrine et une discipline religieuse. C’est lors d’un concile qu’on impose, par exemple, le célibat des prêtres. Cependant, dans la mesure où le christianisme constitue un véritable ciment du monde médiéval occidental – mais aussi de l’Empire byzantin en Orient – les conciles ont inévitablement des implications politiques et culturelles pour l’ensemble de la société. De la sorte, ils sont fréquemment une caisse de résonance des problématiques qui se posent au fil du Moyen Âge.

Les conciles réunissent des gens venus de toute la chrétienté, voire même au-delà. En 1274, le deuxième concile de Lyon rassemble des Latins, des Grecs et même 16 ambassadeurs mongols ! Au total, près de 8000 clercs se rencontrent pour discuter, négocie et échanger. On imagine aisément l’ambiance, mélange d’émulation intellectuelle et d’intrigues politiques… et sûrement de pas mal de beuveries, aussi.

Avant l’Amazonie, sauver Byzance

À l’époque, on ne se soucie pas du réchauffement climatique, mais certains enjeux sont tout aussi brûlants. Lors du concile de Clermont, en 1095, le pape Urbain II lance ainsi ce qu’on appellera ensuite la première croisade : il faut reprendre Jérusalem ! On connaît la suite.

Parfois, le résultat des conciles n’est pas aussi visible qu’en 1095. Le deuxième concile de Lyon, par exemple, s’achève sur une messe commune entre Latins et Grecs et, surtout, sur un décret d’union entre les Églises latine et grecque. Tout le monde applaudit, on fête l’unité retrouvée. Sauf que, dans les faits, rien de concret ne suit cette décision, rejetée par les populations et les clergés.

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Concile de Constance

À la fin du Moyen Âge, un nouvel enjeu apparaît : Byzance est menacée par l’avancée des Turcs ottomans. Dès lors, les conciles mêlent la question de l’union des Églises avec celle du soutien militaire qu’il convient d’apporter à l’empire. Le concile de Ferrare-Florence, en 1438, amène dans les cités italiennes d’illustres prélats de l’empire byzantin, parmi lesquels Bessarion, métropolite de Nicée, Marc, métropolite d’Éphèse, Joseph II, le patriarche de Constantinople, mais aussi le moine grec Isidore, récemment nommé métropolite de Kiev et venu avec plusieurs autres membres du clergé russe. Cette fois, étant donné l’urgence de la situation, l’empereur byzantin en personne, Jean VIII Paléologue, se rend sur place. Ce concile est un événement car véritablement « œcuménique » : il rassemble des clercs d’Orient comme d’Occident, reflétant ainsi, en théorie, l’ensemble de la communauté chrétienne, ce qui confère une portée universelle aux décisions qui y sont prises. Pourtant, le décret d’union signé le 5 juillet 1439 est; à nouveau, sans véritable suite. Les concessions religieuses exigées par la papauté sont perçues comme trop élevées par le clergé et l’élite byzantine. Faut-il en déduire qu’hier comme aujourd’hui, les sommets internationaux finissent fréquemment par de grandes messes d’autocongratulations et sur de grandes déclarations peu suivies d’actes.

Comme les sommets onusiens, ces réunions constituent un moment de rapport de force, impliquant autant les présents que les absents

Comme les sommets onusiens, ces réunions constituent aussi un moment de rapport de force, impliquant autant les présents que les absents. À la fin de l’Antiquité, les conciles se tenaient par exemple sous la houlette de l’empereur romain, à l’image du premier concile officiel à Nicée, en 325, où Constantin Ier rappelait le caractère sacré de son pouvoir et sa domination sur la nouvelle Église chrétienne. Par la suite, les empereurs byzantins récupèrent cette tradition et, jusqu’en 870, tous les conciles œcuméniques sont convoqués par l’empereur en Orient. Puis, à partir du Moyen Âge central, ce sont les papes qui organisent et chapeautent les conciles, voyant dans ces assemblées un excellent moyen d’affirmer leur pouvoir face aux souverains voisins, qu’il s’agisse du roi des Francs, de l’empereur germanique ou même l’empereur byzantin. Ainsi, au concile de Clermont, Urbain II fait-il excommunier le roi de France Philippe Ier pour bigamie, en même temps qu’il réaffirme les principes d’une société chrétienne idéale.

Un instrument de diplomatie pour les papes

À la fin du Moyen Âge, la donne a changé pour le pape : il doit désormais composer avec des États plus puissants, à l’image du royaume de France. Les conciles en viennent même, durant un temps, à menacer l’autorité du pape en prétendant diriger par eux-mêmes l’Eglise ! Toutefois, malgré ce risque, ils restent un excellent moyen d’acquérir de l’influence et de mettre en scène son autorité. Le concile de Ferrare-Florence constitue ainsi pour le pape Eugène IV une occasion d’être reconnu comme à la tête du monde chrétien ; il se positionne alors comme supérieur au patriarche de Constantinople et à l’empereur byzantin.

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Premier concile de Nicée

Évidemment, entre les conciles médiévaux et les sommets actuels, certaines problématiques changent. En 1439, le pape est ainsi obligé de déplacer le concile de Ferrare à Florence pour échapper… à l’épidémie de peste qui s’est déclenchée à Ferrare. Souci qu’a priori n’ont plus guère nos dirigeants actuels. Eux, par contre, sont confrontés à des milliers de manifestants, ce qui n’était évidemment pas le cas au Moyen Âge.

Comme aujourd’hui, plusieurs décisions de conciles ont pu rester de simples vœux pieux

Néanmoins, on retrouve dans les deux cas une même volonté de régler des problèmes politiques internationaux lors de grandes réunions, qui servent également à mettre en scène le pouvoir et l’autorité des puissants. Enfin, comme aujourd’hui, plusieurs décisions de conciles ont pu rester de simples vœux pieux. En 1439, l’union des Églises ne débouche sur rien : l’aide occidentale à Constantinople reste très faible et, quinze ans plus tard, la ville est prise par les Ottomans. Face à l’urgence des préoccupations sociales et environnementales sur lesquelles les chefs d’État doivent prendre position, il faut espérer que les mesures prises soient un peu plus concrètes que celles de certains conciles médiévaux…

Pour aller plus loin : Actuel Moyen Âge II