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Actuel Moyen Âge II

Par Actuel Moyen Âge

Broché (21,50 €)

Disponible sur Amazon, Fnac ou En librairie

Ebook (14,99)

Disponible ci dessous au format Epub

272 pages

En bref

Qu’ont en commun un sanglant tournoi de chevalerie France-Angleterre et la coupe du monde de football, le royaume oriental du prêtre Jean et la chasse aux aliens ? Tous font résonner l’histoire et notre actualité bouillonnante.

De l’enfer de la lettre de motivation à notre obsession pour la fin du monde, en passant par les révoltes contre le pouvoir de la finance, l’écriture inclusive ou les crises écologiques, chaque facette de la modernité trouve ainsi son lointain écho médiéval.

Défiant tous les clichés sur une période qui fait souvent l’objet de nombreux fantasmes, Actuel Moyen Âge est de retour et offre – avec un savant mélange d’humour et de science – une plongée dans les profondeurs de notre histoire ébranlant nos certitudes… sur le monde d’aujourd’hui.

Florian Besson, Tobias Boestad, Maxime Fulconis, Pauline Guéna, Simon Hasdenteufel et Catherine Kikuchi sont médiévistes. Leur travail quotidien sur les textes et les images du Moyen Âge les pousse à partager une autre histoire de la période médiévale, à la fois plus complexe et plus ouverte. Ce livre est le prolongement d’Actuel Moyen Âge, Et si la modernité était ailleurs ?

Presse

Le Monde

Derrière l’évident plaisir de l’entreprise collective, se dévoilent des enjeux cruciaux pour l’histoire d’aujourd’hui et de demain […] Actuel Moyen Âgeest une forme d’intervention savante dans l’espace public qui offre, sur l’environnement, le pouvoir ou la sexualité, un jeu de miroirs entre le Moyen Âge et le monde contemporain [où] l’humour le dispute à l’intelligence collective

Sommaire

Prologue

FAMILLE, GENRE ET SEXUALITÉ

I. Sexualités

  • « Les femmes s’épilent pour plaire aux hommes »
  • La sexualité des prêtres
  • Deux mille ans de planning familial

II. Hommes et femmes

  • Cougars ou vieilles chiennes ?
  • Faut-il dire seigneur.e ?
  • Des chevaliers pucelles

III. Enfants

  • Des bâtards à foison !
  • Mauvais temps pour faire des enfants
  • Une fessée et au lit !

AU JOUR LE JOUR

I. Mode et loisirs

  • France-Angleterre, un match de chevalerie
  • Vin de France et bière anglaise
  • Un selfie avec l’empereur

II. Vendre et commercer

  • Al-Wusha la banquière
  • Les esclaves de Venise
  • Le tunnel de la Traversette

III. Les mots pour le dire

  • Avant le franglais, le danemand ?
  • Microstoria et bigdata
  • « Filz de… ! » ou le « bashing » médiéval
  • Léonard de Vinci vous aide à écrire une lettre de motivation

RELIGION ET CULTURE

I. Le fait religieux

  • Le saint et le Loto
  • Fonder un monastère pour obtenir leparadis fiscal
  • Et si le Christ avait été une fille ?

II. Pratiques de l’écrit

  • Le piège de la table des matières
  • Les premiers journalistes étaient-ils de bons marchands ?
  • Anachroniques témoins de mariage

III. Des cultures en mouvement

  • Les statues vivantes ou le tourisme médiéval
  • Bravoure, Chevalier, Drone
  • La francophonie a 900 ans

JEUX DE POUVOIR

I. Dominer

  • Le lobby de la croisade
  • Henri VI, empereur jupitérien

II. La finance au pouvoir

  • Les belles promesses des ducs de Bourgogne
  • Le chevalier et la théorie du ruissellement
  • Un trône pour BNP Paribas ?

III. Du côté des dominés

  • Rien ne serf de courir
  • Class-action à Tarascon
  • Théories médiévales du complot

AUX MARGES DU MONDE

I. Les populations

  • Non, pas de piercing !
  • Faut-il cuire les migrants ?
  • Le danger des étiquettes
  • Le « multiculturalisme » viking

II. Terres inconnues

  • Nommer les nouveaux mondes
  • À qui la taïga ?
  • Le Prêtre Jean et les extraterrestres
  • Zheng He ou les risques du repli

ÉCOLOGIE

I. Domestiquer la nature

  • Les marais : ode à l’inculte productif
  • Philippe le Bel contre la surpêche
  • Arnaque hydraulique à Milan

II. Ménagerie médiévale

  • Un éléphant ça trompe énormément ?
  • Quand meurent les abeilles
  • Les licornes en voie d’extinction

III. Gérer les risques

  • 1280, l’année du dépassement
  • Les crédits carbone, des indulgences contemporaines

Le mot de la fin…

Extrait

« Filz de… ! » ou le « bashing » médiéval

Internet nous a offert la merveilleuse possibilité de pouvoir communiquer publiquement à distance. Mais l’anonymat et l’impunité quasi-totale que procure la toile laissent également le champ libre aux insultes, voire à des phénomènes de « cyber-harcèlement » groupé aux conséquences dramatiques.

Or, l’insulte n’est jamais gratuite. Elle vise à attaquer, à blesser, et suscite un véritable rapport de force plutôt qu’une discussion. Elle est évidemment déjà très présente au Moyen Âge et, comme aujourd’hui, contribue à animer les relations sociales des individus.

On avait dit pas les mamans !

Si l’on peut dire que l’insulte a une « vraie » fonction sociale, c’est souvent parce qu’elle exclut, par la force du langage, une personne d’un groupe. Au Moyen Âge, traiter quelqu’un de « filz de putain » ou de « paillart » est un acte fort violent. Le terme de paillart renvoie au « gueux » et au « valet », mais aussi à celui qui est « sale » ou encore à « l’amant » et à la « concubine » adeptes des plaisirs charnels. La personne insultée est ainsi assimilée à tout ce qui est considéré comme bas et méprisable dans la société : les paysans, au bas de la hiérarchie sociale, et les prostituées, au bas de la hiérarchie morale. La norme de la virilité masculine conduit aussi à insulter un homme pour son impuissance sexuelle. On trouve par exemple dans les fabliaux des xiiie et xve siècles les mots de « bruhier » ou « hebohet », signifiant « eunuque ». Si l’on veut être violent, on peut aussi traiter quelqu’une de « merdaille », ou de « chia brena », les équivalents de notre « chieur ». Ces termes apparaissent dans la farce médiévale où les images scatologiques servent à discréditer un personnage.

Hors de la littérature, de telles insultes peuvent s’avérer particulièrement graves au Moyen Âge, où le nom est étroitement associé à l’essence des choses. En réduisant autrui à un étron inanimé, on dénie son appartenance au corps social. On comprend ainsi pourquoi certaines communes italiennes, au début du xive siècle, ont pu chercher à discipliner l’usage de la parole en faisant de l’insulte un délit à part entière, passible d’une amende.

« F… the King »

Dans les sociétés médiévales, où l’honneur et la réputation (la fama) revêtent une grande importance, l’injure verbale est vécue comme une véritable attaque personnelle et appelle en réponse un affrontement physique. Dans la Chanson de Roland, composée à la fin du xie siècle, le célèbre épisode de la bataille du col de Roncevaux est précédé par diverses provocations provenant des deux camps. Le « Sarrasin » Aelroth invective les Francs en les qualifiant de « félons », donc de « traîtres ». Une pure insulte pour les chevaliers dont le code de l’honneur repose sur le respect de la parole donnée. Mais il s’agit aussi d’une offense indirecte envers Charlemagne.

L’insulte peut en effet servir à toucher indirectement les plus hautes sphères de la hiérarchie – autrement dit, le roi ou l’empereur. Rédigée à la fin du xiie siècle, la chanson des Aliscans prend la suite de la Chanson de Roland et raconte de manière fictive le règne du « roi Louis », le fils de Charlemagne. Or, on assiste dans ce texte à une scène stupéfiante où, dans la salle du trône, le comte Guillaume traite la reine de « pute » et l’accuse de s’être faite « défoncer comme une putain » par Thibaut d’Arabie. La violence des mots met évidemment en jeu la dignité de la reine. Pourtant présent lors de la scène, le roi ne réagit pas. Or, dans un milieu où les femmes sont le plus souvent dépendantes de leur mari, l’insulte rejaillit sur le souverain et donc sur l’ensemble de son royaume. Si le roi ne contrôle plus son épouse, alors il n’est pas digne de régner.

Eustache, roi des laids et de l’autodérision

Dans la seconde moitié du xive siècle, Eustache Deschamps, officier et poète à la cour du roi de France, raconte dans ses ballades les insultes dont il a pu faire l’objet de la part des autres nobles. Il dénonce plusieurs de ses harceleurs qui se seraient mis en groupe pour l’insulter « tous ensemble et chacun par soy / [qui] m’avez maint mal fait ». Surtout, le poète affirme que ces attaques se multiplient, tel un véritable phénomène de harcèlement contemporain.

Pour autant, Eustache ne se laisse pas faire et réplique avec les mêmes armes. Dans une ballade il se moque du « culz lays et maugracieux » de l’officier royal Renaud d’Angennes, dont le derrière est puant et couvert de fiente. Inversement, il pratique aussi la fausse flatterie pour tourner en ridicule ses adversaires. Jean de Montagu, trésorier et favori du roi Charles VI est décrit comme « le baut, le doulx, le poupinet ». Si les deux premiers termes sont élogieux, le dernier est particulièrement piquant. « poupinet » ou « petit bébé » est une allusion à peine voilée au fait de « se poupiner », c’est-à-dire de se parer pour plaire, voire pour vendre son corps. Dans les sociétés de cour de la fin du Moyen Âge, où la réputation est nécessaire pour se gagner les faveurs du souverain, l’insulte est donc aussi un moyen de nuire à ses concurrents.

Néanmoins, à travers ses poésies grivoises, Eustache s’amuse aussi de ces jeux d’insultes à la cour. Il réplique ainsi à ses harceleurs qu’il est lui-même le « roi des laids ». Il va jusqu’à inventer une cour fictive dans laquelle il se désigne comme tel et se met en scène doté d’un groin de sanglier, affublé d’une gueule de singe et d’un dos de bossu. Dans cette cour carnavalesque, les codes de la bienséance sont complètement renversés : pour avoir sa place auprès du roi, il faut être « hydeux » de figure et « laidement » se tenir en insultant et injuriant les autres. Eustache élève ainsi les insultes au rang d’art comique, tout en se moquant implicitement de la vie de cour et de son hypocrisie.

Histoire du « con »

Certaines de nos insultes actuelles ont une longue histoire, surtout quand elles attaquent la famille ou jouent sur le registre de la saleté et du sexe – les termes très répandus de « con » ou d’« emmerdeur » en sont de bons exemples. Néanmoins, on remarquera aussi que l’injure peut se transformer à travers les âges : le « looser » a aujourd’hui le vent en poupe.

On peut s’amuser aussi de voir comment certains termes mélioratifs sont devenus des insultes. Jeanne d’Arc était appelée « la pucelle » en référence à sa pureté. Désormais, à l’heure de la performance sexuelle, une telle appellation tend plutôt à être prise comme une injure. Reste que vous pouvez toujours tenter de traiter votre voisin de « chia brena » – on vous laisse l’entière responsabilité des suites éventuelles !