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survivalisme et survivalistes

Survivalisme : tout va s’effondrer !

L’espoir d’un futur meilleur nous a quittés. Désormais, désastres écologiques, crises économiques, guerres ethniques ou religieuses et catastrophes nucléaires ou technologiques hantent nos représentations de l’avenir.

 

Qui sont les survivalistes ? Quelles sont leurs motivations ? Sont-ils des individus lucides et prévoyants ou de nouveaux fanatiques de l’apocalypse ? Réponse avec Bertrand Vidal, sociologue et chercheur à l’université Paul Valéry, Auteur de Survivalisme chez Arkhê et référence incontournable dans l’étude du phénomène.

Bonjour Bertrand, vous avez enquêté sur le survivalisme. De quoi est-il le reflet ? Crise des pays occidentaux ou mouvement de fond ancré depuis des décennies ?

Le survivalisme est le reflet de l’air du temps, d’un changement d’imaginaire et sans doute d’époque. Cette idée née au dixseptième siècle que l’on a appelé le « progrès » et selon laquelle, grâce à la science, la technique et la raison, nous étions promis à des lendemains qui chantent semble aujourd’hui totalement épuisée. Nous avons changé d’état d’esprit et l’espoir d’un futur meilleur nous a quittés. Désormais, désastres écologiques, crises économiques, guerres ethniques ou religieuses et catastrophes nucléaires ou technologiques hantent nos représentations de l’avenir.

Selon un récent sondage Ipsos, près de 15 % de la population pense faire l’expérience de la fin du monde de son vivant. C’est une situation inédite : l’apocalypse fait son retour sur le devant de la scène.

Y a-t-il un profil type de survivaliste ?

Il faut savoir que le survivalisme est une forme de réponse aux peurs collectives, et qu’il évolue donc au gré de celles-ci. Au moment de la guerre froide, quand le mouvement est né, il ne concernait – pour grossir le trait – que les WASP (White Anglo Saxon Protestant). Cependant, au fil du temps, nos peurs ont changé, et les survivalistes aussi.

Il faut savoir que le survivalisme est une forme de réponse aux peurs collectives

Aujourd’hui, comme personne ne peut se dire épargné par le réchauffement climatique ou la crise économique – les grandes peurs contemporaines – alors, tout le monde peut, un jour, devenir survivaliste, des milliardaires de la Silicon Valley aux citadins en manque d’authenticité… C’est ce que l’on appelle le néo-survivalisme ou le mouvement prepperLoin de l’image d’Épinal, issue des reportages télévisés sensationnalistes – celle du parano solitaire, terré dans un bunker truffé de pièges, de boîtes de haricots en conserve et n’hésitant pas à tirer à vue sur tout ce qui bouge –, le survivalisme contemporain rassemble des profils sensiblement différents.

Si certains ne sont qu’inquiets, pessimistes ou, dans certains cas, simplement réactionnaires, d’autres planifient de manière beaucoup plus rationnelle leur survie, et collaborent de plus en plus étroitement avec leurs familles, leurs voisins, leurs quartiers, leurs pairs… en définitive, de nos jours, des individus appartenant à tous les niveaux socio-économiques tendent à partager une partie des craintes et des convictions des survivalistes les plus acharnés, et renouvellent par là même la conception de la survie.

Le survivalisme n’est-il pas l’expression d’un désir de retour à la nature et à l’autonomie, à l’instar de H. D. Thoreau au bord du lac Walden ?

Le survivalisme est un ensemble de pratiques, mais aussi un état d’esprit : toujours imaginer le pire. Et, depuis ses origines, le survivalisme est parti du principe que pour survivre il faut éviter les conflits, et donc quitter les zones trop densément peuplées. Ainsi les villes sont-elles à fuir à tout prix. Inversement, la nature représente un havre de sécurité. Mais c’est là où le bât blesse, quand le survivaliste prône un retour à la nature, il s’agit d’une nature idéalisée et parée de ses plus beaux atours, dans laquelle il projette ses espérances de survie.

Il est parfois difficile de comprendre les termes complexes et acronymes en usage dans les milieux survivalistes, pourriez-vous nous communiquer un petit lexique ?

En effet, comme dans tous les groupes sociaux, un langage relativement « codé » entretien un sentiment d’appartenance, excluant de facto ceux qui ne le maîtrisent pas… Voici quelques exemples tirés de mon livre, pour vous aider à vous repérer dans ces méandres linguistiques :

  • BACKUP : Nom générique donné à tout système de secours destiné à pallier une défaillance, une perte ou une casse. Le terme BACKUP est généralement utilisé pour désigner les petits systèmes de survie portés quotidiennement comme l’EDC.
  • BAD (Base Autonome Durable) : Lieu de résidence reculé et sécurisé permettant de vivre Off the Grid (voir OTG). Idéalement, elle se rapproche de l’éco-habitation et permet de produire sa nourriture de façon autonome ou avec le minimum de support du « monde extérieur ».
  • BIB (Bug In Bag) : Ensemble d’objets, d’équipements et de provisions destinés à être utilisé dans le lieu d’habitation : eau, lumière, nourriture non périssable…
  • BOB (Bug Out Bag) : Ensemble d’objets, d’équipements et de provisions destinés à être emportés en cas d’évacuation du lieu de résidence, et qui devra permettre la survie durant au moins 72 heures. Le contenant est généralement un sac à dos de grand volume (de 50 à 100 litres). Le BOB permet d’aller à un point A à un point B (le point B étant le BOL).
  • BOL (Bug Out Location) : Refuge de sécurité. Lieu sécurisé destiné à accueillir le survivaliste en cas d’évacuation volontaire ou forcée. Le BOL, s’il est généralement isolé (situé en rase campagne), se doit d’être relié à d’autres BOL (via communication radio). En France, l’on parle de BAD (Base Autonome Durable).
  • BOV (Bug Out Vehicule) : Véhicule dédié à l’évacuation, doté d’équipements spécifiques. Le BOV contient idéalement un VSK et un FAK.
  • BUG IN : Se retrancher dans son habitation pour s’isoler et se protéger d’un événement extrême.
  • BUG OUT : Évacuer sa résidence. Implique idéalement de partir avec un BOB et/ou un BOV.
  • DEFCON (DEFense & CONdition) : Rare dans la sphère francophone. Contraction des termes anglais DEFense et CONdition, désignant le niveau d’alerte militaire des forces armées des États-Unis depuis novembre 1959. Ils définissent cinq niveaux de préparation (ou états d’alerte) des forces armées nord-américaines, allant de DEFCON 5 (niveau le plus bas) à DEFCON 1 (niveau le plus élevé).
  • EDC (EveryDay Carry) : Somme d’objets personnels indispensables portés sur soi en permanence (ou à proximité) parmi lesquels les clefs de son véhicule ou de sa maison, un couteau, un kit de premiers soins (ou FAK), une lampe torche, un stylo et un carnet, portefeuille, mouchoir, une arme, etc.
  • EDV (EveryDay Vehicule) : Somme d’objets utiles pour la survie en voiture : accessoires mécaniques (pince multifonctions, batterie, corde, huile de moteur, etc.) et de sécurité (gilets fluo de sécurité, couverture chauffante, FAK, nourriture, etc.).
  • FAK (First Aid Kit) : Kit de premiers soins.
  • FIFO (First In First Out) : Rare. Principe de gestion du stockage alimentaire (par rotation régulière) dans la BAD.
  • GÉOCACHE : Boîtes de tailles variées, cachées (ou enterrées) à des endroits stratégiques pouvant contenir divers éléments tels que de l’eau, de la nourriture, des jouets, de l’argent, etc. Le GÉOCACHE permet de s’affranchir de lourds bagages en cas d’évacuation d’urgence. Stratégiquement localisé sur des itinéraires prévus anticipés, à des points A’, A’’, etc. lors du trajet de A vers B. Le GÉOCACHE permet de se réapprovisionner ou de se ravitailler lors de l’évacuation.
  • GHB (Get Home Bag) : Sac de retour au domicile, à mi-chemin entre un EDC et un BOB. Il permet de revenir rapidement à son domicile lorsqu’un incident intervient en son absence.
  • INCH Bag (I’m Never Coming Home Bag) : Rare dans la sphère francophone. Similaire au BOB, le INCH Bag est prévu pour une période indéterminée ou un « scénario rouge », son contenu est donc à la fois plus nombreux et destiné à un usage dans le temps.
  • MBR (Main Battle Riffle) : Arme de défense ou de combat principale.
  • OHW (Off-Hand Weapon) : Arme de défense ou de combat secondaire (couteau, machette, hache, etc.)
  • OTG (Off the Grid) : Littéralement « hors de la grille » ou du réseau, la vie OTG signifie l’autarcie ou l’autosuffisance. Elle implique de ne plus dépendre de la société et de ses « systèmes de supports » et de « dépendances » (comme le réseau électrique, l’eau courante, etc.).
  • PCE/PCR (Point de Chute Éloigné / Point de Chute Rapproché) : Lieu idéalement sécurisé servant de point de ralliement avec ses proches ou sa famille. Proche du BOL.
  • RAM (Résilience Alimentaire Mobile) : Aliment énergétique, facile à préparer et consommer et transportable partout (miel, beurre de cacahuète, barres protéinées, gâteaux secs, compléments diététiques, rations de combat, repas lyophilisés, etc.). Il est le plus souvent utilisé durant des situations particulières (événements extrêmes ou exercices de simulations) ou dans des environnements spécifiques (randonnées).
  • RSF (Réseau Survivaliste Francophone) : Communauté Facebook regroupant les survivalistes et preppers francophones.
  • SHTF (Shit Hits The Fan) : Littéralement « ça chie dans le ventilateur », SHTF est une expression qui définit de façon générale un moment critique. Synonyme de Teotwawki.
  • SYSMO (SYStème MObile) : Équipement transportable. Voir BOB, EDC, FAK, GHB et RAM.
  • Teotwawki (The End Of The World As We Know It) : Événement ou situation de rupture (imaginaire) qui fait basculer la société ou l’environnement, entraînant un changement de civilisation.Le Teotwawki est à la fois la cause de la préparation du survivaliste et le mobile fondateur de la culture survivaliste.
  • VSK (Vehicule Safety Kit) : Rare. Kit transporté en permanence dans son véhicule. Contient idéalement un kit de secours routier et de réparation/entretien du véhicule.
  • WROL (Without Rule of Law) : Parfois appelé Black-out ou « rupture de la normalité », le WROL décrit la société après le Teotwawki, sans services publics, sans gouvernance structurée, bref, sans possibilité de faire respecter les lois.
  • WTSHTF (When The Shit Hits The Fan) : Littéralement « quand ça chie dans le ventilateur ». Pour les survivalistes, l’acronyme désigne le moment où déclencher son plan d’évacuation.
  • ZOMBIE : Pilleur ou ennemi du survivaliste.

Propos recueillis par Johann Visentini

Pour aller plus loin :  Survivalisme, Êtes-vous prêt pour la fin du monde